Il se cramponna à sa pagaie
La mort tente d'attraper R.L.S sauvé de la noyade par sa pagaie
Peu de temps après notre réembarquement, tandis que j’avançais en tête à bonne distance, toujours rempli d’un noble et triomphant enthousiasme pour le soleil, la rapidité de l’allure et les cloches d’église, la rivière àun tournant brusque, allongea une de ses serres de fauves, et j’aperçus un autre arbre tombé à la portée d’un jet de pierre(….) L’arbre m’accrocha par la poitrine, et, tandis que, j’essayais encore de m’aplatir et de forcer le passage, la rivière me tira l’affaire des mains et m’enleva de mon bateau. L’Aréthuse vira sur elle-même, dériva, se coucha sur le flanc, se débarrassa de tout ce qui pouvait encore rester de moi à bord, et, ainsi délestée, fila...... J’ignore combien il me fallut de temps pour me hisser, non sans peine, sur l’arbre auquel j’étais resté accroché mais ce fut plus long que je ne l’eusse souhaité. (…) Aussitôt que je parvenais à soulever mes épaules, la violence du courant me tirait par les talons. Et il me semblait, d’après leur poids, porter toutes les eaux de la rivière dans les poches de mon pantalon.(…) Et toujours, je m’accrochais à mon aviron. (…) Sur ma tombe, si jamais j’en ai une, je veux qu’on grave ces mots : « Il se cramponna à sa pagaie.» En canoë sur les rivières du nord, récit traduit par Léon Bocquet